Sacré empereur des Français le 2 décembre 1804, Napoléon coiffe le 26 mai de l’année suivante la couronne de roi d’Italie, souveraineté nouvelle qui ravive chez les puissances européennes l’obsession de faire rentrer la France dans ses frontières de 1789. L’éphémère paix d’Amiens conclue entre Paris et Londres a vécu. Les hostilités ont repris et Napoléon, renouant avec un projet antérieur d’une « descente » en Angleterre, a concentré sur le littoral du nord une armée de 100 000 hommes et une flottille de 2 000 embarcations légères. Pour attirer loin du Pas-de-Calais les escadres de la Royal Navy, il a mis au point une vaste et complexe opération navale dont il a confié l’exécution à l’amiral Villeneuve. Mais celui-ci, dont la flotte combinée franco-espagnole est de médiocre qualité, après avoir vainement erré dans l’Atlantique, ne parviendra pas à déboucher dans la Manche pour protéger l’opération, et se laissera enfermer dans Cadix par l’escadre de l’amiral Nelson.
Pendant ce temps, une nouvelle coalition contre la France, la troisième depuis 1792, s’est nouée entre l’Angleterre, la Russie et l’Autriche dont les troupes ont pénétré en Bavière. Menacé sur ses arrières et n’espérant plus en l’arrivée de Villeneuve, Napoléon abandonne son projet d’invasion, fait « pirouetter » d’ouest en est son armée, qu’il baptise « Grande Armée ». Celle-ci, à défaut de traverser la Manche, marche vers le Rhin qu’elle franchit le 25 septembre pour une campagne éclair qui voit la capitulation d’Ulm le 20 octobre, l’entrée à Vienne le 13 novembre, et s’achève le 2 décembre, jour anniversaire du sacre, à Austerlitz, en Moravie, par la défaite complète des armées russe et autrichienne en présence de leurs empereurs respectifs, le tsar Alexandre et l’empereur François.
Austerlitz. Victoire éclatante, chef-d’œuvre tactique dont le légendaire soleil n’est pas – pas encore – voilé par la tragédie navale de Trafalgar. Car, enfin sortie de Cadix le 21 octobre, le lendemain même de la victoire d’Ulm, la flotte de Villeneuve a été entièrement détruite par celle de Nelson. Désastre complet qui, en assurant définitivement à l’Angleterre la maîtrise des mers, rend vaines les campagnes futures et sonne avec dix ans d’avance le glas de Waterloo.
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Ancien rédacteur en chef adjoint chez Bayard-Presse, Jean-Claude Demory a été directeur de collections historiques aux Éditions Hachette-Collections de 1998 à 2018 ; il a publié une trentaine d’ouvrages, romans, essais, biographies et récits historiques, dont Waterloo, la dernière campagne, en 2025 aux Éditions Economica.